La paracha de cette semaine s’ouvre sur le commandement d’allumer la Ménorah, le candélabre qui se trouvait dans le Sanctuaire, puis dans le Temple. Après avoir rapporté ce commandement, le passage se conclut par ces mots : « Et Aaron fit ainsi. » Sur cette phrase, nos Sages commentent : « Ceci rapporte l’éloge d’Aaron : il ne changea rien » – c’est-à-dire qu’il ne s’écarta pas du commandement de D.ieu.
En quoi est-ce là un éloge ? Pourquoi penserait-on qu’Aaron aurait pu s’écarter du commandement ? Moïse avait reçu de D.ieu le commandement d’allumer la Ménorah et l’avait transmis à Aaron. Y a-t-il la moindre raison de penser qu’il aurait fait autre chose que ce que D.ieu avait ordonné ?
Parmi les explications avancées pour cette parole de nos Sages :
a) Aaron percevait la portée spirituelle de l’allumage de la Ménorah. Les sept branches de la Ménorah correspondent aux sept qualités émotionnelles qui constituent notre personnalité spirituelle. Allumer ces lumières signifie éveiller chacune de ces qualités pour qu’elle resplendisse d’une lumière divine. Leur allumage sur le plan terrestre fait descendre un afflux de lumière issu des qualités spirituelles qui correspondent à nos émotions. Le service d’Aaron était si élevé qu’il n’entraînait aucune altération ni dégradation spirituelle dans l’éclat de cette lumière. Aaron parvenait à la révéler ici-bas telle qu’elle se révélait en haut.
b) Bien qu’il eût conscience de l’immense portée de l’allumage de la Ménorah, Aaron sut se maîtriser et accomplir les gestes matériels exactement comme il en avait reçu l’ordre. Bien des gens s’exaltent lorsqu’ils prennent conscience de l’effet profond de leurs actes, puis peinent à se contenir. Aaron, lui, restait maître de lui-même. Malgré cette connaissance, avec la joie et l’amour qu’elle éveillait en lui, Aaron ne renversa pas l’huile et ne trébucha pas ; il conserva toute sa maîtrise et alluma la Ménorah exactement comme il lui avait été ordonné.
c) Aaron ne changea pas intérieurement. Il n’en concevait aucune fierté particulière ; il s’acquittait au contraire du commandement de D.ieu avec le dévouement d’un simple serviteur.
d) Tout au long de sa vie, l’enthousiasme avec lequel il accomplissait cette mitsva demeura inchangé. Jour après jour, il accomplissait ce geste avec le même élan et la même ferveur qu’au premier jour. Il ne s’agissait pas d’une répétition machinale, mais d’un service chaque jour nouveau, animé d’un élan, d’une joie et d’une vitalité renouvelés, reflet de la lumière nouvelle qu’il faisait descendre d’en haut.
Nos Sages affirment que l’allumage de la Ménorah perdure pour toujours. Bien que le Temple soit détruit et que ses lumières ne soient plus allumées au sens matériel, il existe de grands maîtres spirituels qui, à l’instar d’Aaron, savent faire jaillir l’étincelle au sein de nos émotions et nous conduire à aimer D.ieu d’un amour ardent.
En regardant vers l’horizon
La paracha de cette semaine relate également les étapes du peuple juif à travers le désert. Après être demeurés au Sinaï pendant plus d’un an, ils levèrent le camp et prirent la route vers Erets Israël. Nos Sages expliquent que ces étapes reflètent un schéma éternel. Dans un sens plus large, on peut y voir la description d’un modèle présent tout au long de l’histoire de notre peuple. L’entrée en Erets Israël en représente l’aboutissement : la venue de Machia’h.
Dans cette perspective, nos Maîtres relèvent que le désert est appelé « le désert des nations », et ils comparent la traversée des Enfants d’Israël à celle du « désert des nations » que constituent nos deux mille ans d’exil.
Lors de la traversée du désert, l’arche était portée en avant du peuple. C’est l’image d’un enfant qui apprend à marcher. Il se tient debout ; ses parents se placent un peu à distance, et l’enfant fait quelques pas vers eux. À mesure qu’il avance, ils reculent d’un pas, les yeux fixés sur lui, et le guident vers l’avant.
Tel fut le schéma selon lequel l’arche mena le peuple à travers le désert ; tel est aussi celui selon lequel – bien que nous n’en ayons pas conscience – D.ieu nous conduit dans notre cheminement collectif, jusqu’à ce qu’aux côtés de Machia’h nous regagnions Erets Israël.




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